Compte rendu de la conférence internationale
« Profil professionnel et formation du greffier » (PHARE Project
EuropeAid)
Bucarest (Roumanie) 29-31 octobre 2007
L’EUR a été invitée à participer à cette conférence et était
représentée par Jean-Jacques KUSTER, représentant de l’EUR auprès du
Conseil de l’Europe, et Gabriele GUARDA, président honoraire, Thomas
KAPPL, président, était excusé. 8 pays européens étaient représentés
pour présenter la profession de greffier / Rechtspfleger / Court
Clerk.
Elle a été ouverte par la représentante du Conseil Supérieur de la
Magistrature qui soulignait l’importance de la formation initiale
dispensée par l’école de greffes de Roumanie en coordination avec le
Conseil Supérieur de la Magistrature. Cette formation des greffiers
a vocation à se spécialiser et la conférence doit apporter
l’éclairage des autres pays européens sur la formation et le statut
des greffiers.
Mme Cristiana CRACIUSNESCU, directrice de l’école des greffes
roumaine, a rappelé l’évolution du statut des greffiers en Roumanie
issu de la loi de 2004. De nouvelles attributions sont envisagées
par transfert de compétences administratives dévolues jusqu’Ã
présent au juge et le contenu de la formation devra être modifié.
Mme Anna CAPELLO-BRILLAT, directrice de la coopération à la
direction générale des affaires juridiques du Conseil de l’Europe, a
souligné l’importance accordée par le Conseil de l’Europe à la
profession de greffier, garant du Droit, de la transparence et de
l’efficacité du système judiciaire pour le justiciable. Pour le
Conseil de l’Europe les greffiers sont les interlocuteurs du
justiciable et un élément essentiel pour améliorer les procédures
judiciaires, la gestion du temps judiciaire et contribuent à la
qualité et à l’efficacité de la justice. Leur formation doit être
renforcée au regard d’une redistribution des tâches au sein de la
justice. Le Conseil de l’Europe soutient pleinement les politiques
de formation des greffiers. L’activité de la Commission Européenne
pour l’Efficacité de la Justice (CEPEJ) concerne sous de multiples
accès les greffiers : transparence, suivi des statistiques,
évaluation des affaires. Le statut d’observateur de l’Union
Européenne des Greffiers de Justice au sein de la CEPEJ se justifie
pleinement.
M. Jean-Jacques KUSTER, représentant de l’EUR auprès du Conseil de
l’Europe, a, dans son intervention présenté dans un premier temps
l’EUR et les activités qu’elle a déployées et notamment
l’élaboration d’un statut modèle de greffier/Rechtspfleger européen,
les résolutions adoptées lors du séminaire de Vienne en 2000 sur le
transfert de compétences du juge aux Rechtspfleger, l’introduction
d’une procédure européenne d’injonction de payer confiée aux
Rechtspfleger, l’utilisation des technologies de l’information et de
la communication. Puis il a évoqué la coopération de l’EUR avec le
Conseil de l’Europe dans l’élaboration de la recommandation R (86)12
adoptée par le comité des ministres, la coopération avec les pays
d’Europe centrale et orientale et la CEPEJ. Il a souligné la
nécessité d’une formation de qualité et des institutions dédiées aux
greffiers et Rechtspfleger qui doit être un objectif prioritaire au
niveau européen.
Le débat qui a suivi a révélé la nécessité d’ouverture du métier et
son évolution en Europe.
1. LA PROFESSION
M. Reiner NAPIERELA, directeur de l’Ecole professionnelle supérieure
des Rechtspfleger de Rhénanie-Westphalie (Allemagne) a retracé les
attributions des Rechtspfleger en Allemagne qu’ils exercent soit de
façon exclusive et indépendante, soit sous le contrôle du juge, ou
de compétences particulières. Il a aussi retracé le déroulement de
leur formation. Ils sont aussi chargés de tâches de gestion des
tribunaux (30 % des effectifs).
M. Lucien ENGELHARD, directeur de l’école des greffes de Dijon
(France), a évoqué le statut et la formation des greffiers français,
authentificateurs des actes du magistrat mais aussi chargés d’aide Ã
la décision. Les greffiers constituent une valeur ajoutée dans les
juridictions. L’évolution du métier s’inscrit dans
l’informatisation, son rôle social et sa proximité avec le
justiciable et son lien avec les autres acteurs du procès.
M. Dragomir YORDANOV, directeur de programmes à l’Institut National
pour la Justice de Sofia (Bulgarie) a présenté les différents
aspects de la profession quant aux personnels chargés de
l’administration des tribunaux et ceux spécialisés dans l’assistance
de l’activité des juges.
M. Manfred BURIC, directeur de l’union des Rechtspfleger
autrichiens, a souligné l’ancrage du Rechtspfleger autrichien dans
la Constitution, comme organe chargé par la loi d’attributions dans
de nombreux domaines juridiques. 85 % des affaires sont réglées par
le Rechtspfleger en matière civile (y compris l’injonction de
payer).
Mme ANGELES JULVES LEON, coordonatrice des greffes dans la province
de Saragosse (Espagne) est intervenue sur la nouvelle profession de
greffier en Espagne issue de la réforme de l’année 2003 qui a
réformé l’organisation judiciaire.
Mme Ana Rita CARVALHO, centre de formation des greffiers de justice
de Lisbonne (Portugal) a évoqué les statuts spécifiques des
personnels des tribunaux classés en 2 catégories : secrétaire de
justice et secrétaire de justice supérieur. Ils ont pour fondements
la confiance du public, l’impartialité, la neutralité, la discrétion
et le secret professionnel.
Le débat a porté sur le rapport entre juges et greffiers, les
fonctions de gestion, l’accès à la magistrature, le contrôle du juge
sur le Rechtspfleger et la notion de performance.
M. Antonio PAOLUZZI, directeur, école de formation pour le personnel
des tribunaux de Rome (Italie), a évoqué deux problématiques
concernant d’une part le lien étroit devant exister entre le
déroulement des procédures et l’informatisation et d’autre part
l’augmentation de l’efficacité de l’administration judiciaire par la
formation initiale et continue au regard de la profession de
greffier en Italie qui a vécu une « fonctionnarisation » en 1970
puis « une privatisation » dans les années 1990.
Mme Katalin NYUJTO, chef de section, bureau du Conseil national de
la justice, département administration des tribunaux, Budapest
(Hongrie), a présenté les compétences des greffiers en matière
civile, pénale, sociale et commerciale et les problèmes actuels de
la profession au regard du recrutement, des relations entre juges et
greffiers, des rémunérations et des compétences.
2. LA FORMATION
Mme Cristiana CRACIUSNESCU, directrice de l’école nationale des
greffes, Bucarest, (Roumanie), a rappelé que la formation des
greffiers roumains est assurée depuis décembre 2000 par le centre de
formation devenu l’école des greffes sous le contrôle du Conseil
Supérieur de la Magistrature. Elle a retracé l’accès et la formation
(de 6 mois à 1 an selon le niveau d’études des stagiaires) dispensée
par cette école et son rôle prépondérant en matière de formation
initiale et continue au bénéfice des greffiers affectés dans les
juridictions.
M. Klaus GEHRIG, recteur de l’école professionnelle supérieure de
Schwetzingen (Allemagne) a souligné que la scolarité des
Rechtspfleger doit permettre aux stagiaires d’appréhender leur futur
métier et son environnement sur un cycle de 3 ans d’études et de
stages pratiques dans les différents domaines d’intervention du
Rechtspfleger.
Mme Ana Rita CARVALHO, centre de formation des greffiers de justice
de Lisbonne (Portugal), évoque l’objectif principal du centre de
formation : contribuer à une justice plus efficace. Il s’agit
d’assurer une formation initiale et continue au bénéfice des
secrétaires de justice et des administrateurs de tribunaux.
Le débat a porté sur l’investissement de l’Etat dans la formation
initiale, la formation des formateurs, la formation à la gestion et
la direction des écoles.
Mme Lucia DEBERTOL, référent pour la formation continue de la
province de Bolzano (Italie) relate les objectifs visés par la
formation continue des personnels des tribunaux et mise en œuvre
dans 4 écoles régionales de formation et par un réseau de référents.
Elle recouvre les domaines traditionnels comme les normes
législatives, l’économie et les finances, l’informatique, la
communication, les langues étrangères mais aussi depuis peu le
management. Les besoins en formation continue sont recensés puis
inclus dans un projet de formation en tenant compte des priorités
nationales. Ils sont mis en œuvre dans les ressorts puis font
l’objet d’une évaluation.
M. Michel PETIT, Directeur adjoint de l’école des greffes de Dijon
(France), rappelle que la mission de l’école est orientée résolument
vers la pratique professionnelle pour donner la capacité d’exercer
le métier de greffier dans toutes ces facettes : juridique,
administrative et d’encadrement. Elle est assurée par différentes
séquences de scolarité et de stages pratiques en juridictions sur
une période de 18 mois. Cette formation doit aussi s’adapter aux
évolutions du métier et s’orienter vers une professionnalisation
accrue des greffiers.
M. Walter SZÖKY, union des Rechtspfleger autrichiens, Vienne
(Autriche), retrace l’accès à la formation ouverte aux Rechtspfleger
autrichiens et son déroulement au cours de périodes de scolarité
assurées par les deux écoles de formation et dans les juridictions
pendant une durée totale de trois années.
M. Dragomir YORDANOV, directeur de programmes à l’Institut National
pour la Justice de Sofia (Bulgarie) expose que l’Institut national
pour la Justice est habilité à dispenser la formation aux magistrats
et aux personnels des tribunaux dont les objectifs principaux sont
l’apport de savoir-faire professionnels, l’harmonisation des
pratiques professionnelles et l’acquisition d’une conscience
professionnelle orientée vers la qualité.
M. Igor GAYARRE CONDE, centre d’études judiciaires, Madrid
(Espagne), retrace la formation théorique et pratique dispensée dans
le centre d’études judiciaires des secrétaires judiciaires espagnols
et dont les buts sont d’affiner les connaissances professionnelles
acquises dans la longue préparation de l’examen d’accès, de les
compléter, de savoir les appliquer concrètement et de faciliter
l’intégration dans leur futur poste de travail. Elle est composée de
plusieurs modules : cours théoriques - séminaires, conférences et
visites - pratique.
3. DEBAT SUR LE GREFFIER EN EUROPE – FORMATION, EVOLUTION ET
HARMONISATION DE LA PROFESSION
M. Jean-Jacques KUSTER (EUR) a introduit le débat en constatant que
dans les 8 pays représentés à la conférence les systèmes sont
différents tant dans leur profil que dans les cursus et structures
de formation, en fonction des attributions exercées par les
greffiers / Rechtspfleger / Court Clerks. Une grande similitude est
cependant à observer en Allemagne et en Autriche. On peut distinguer
plusieurs aspects de la profession : celui d’organe indépendant
comme les Rechtspfleger allemands et autrichiens, celui des
greffiers assistant du juge qui se voient confier des tâches d’aide
à la décision dans certains pays et celui de managers de
juridictions.
Quels peuvent être les vecteurs d’harmonisation, d’évolution ?
On peut en citer plusieurs :
- l’harmonisation du droit issu de l’Union Européenne qui occupe une
place de plus en plus importante,
- les instruments du Conseil de l’Europe (conventions,
recommandations) et les activités de la CEPEJ,
- les travaux de l’EUR : le statut modèle de greffier/Rechtspfleger
européen et son projet de solliciter un livre vert sur le
Rechtspfleger européen,
- l’harmonisation des procédures comme par exemple l’injonction de
payer européenne confiées aux greffiers dans de nombreux pays,
Les conditions de cette évolution passent par une formation de
qualité pour les greffiers dans des écoles spécialisées qui peuvent
constituer des réseaux, projet qui sera d’ailleurs discuté dans
cette conférence.
Peut-on imaginer un socle commun de compétences pour les greffiers ?
Le débat tout en observant la diversité des systèmes a souligné des
éléments communs de la profession : le service aux citoyens,
l’efficacité, la communauté d’idées.
Les différents aspects de la formation se révèlent intéressants .
Les concepts de formation peuvent-ils être partagés sous certains
aspects, transférés, harmonisés ?
La représentante du Conseil de l’Europe estime qu’il n’y a pas de
solution parfaite. Les systèmes existants peuvent être améliorés au
travers des instruments juridiques du Conseil de l’Europe qui a une
approche d’harmonisation et non d’unification. L’Union Européenne
peut aller plus loin en partenariat avec le Conseil de l’Europe. Les
problèmes des services judiciaires sont similaires.
Sont largement évoqués et débattus les transferts de compétence du
juge aux greffiers et ses conséquences sur la formation en terme
d’évolution, le travail en équipe juge-greffier, la répartition
claire du travail et des compétences entre juge et greffier, la
définition des métiers.
4. CREATION D'UN RESEAU EUROPEEN DES ECOLES DE GREFFIERS
La création d’un projet de création d’un réseau européen des écoles
de greffiers a été présenté par Mme Cristiana CRACIUNESCU, qui en a
l’initiative, et M. Pasquale FERRARO, consultant du projet Phare.
Ce projet a pour but de développer le profil professionnel (missions
et tâches) du greffier européen en créant une plate forme de
discussion et d’échanges d’information et de documentation sur les
formations. Les objectifs visés sont d’établir un cadre de
discussion sur la mission du greffier, de collecter des informations
des institutions membres et leurs programmes de formation, de
recommander des expertises pour les formations, de participer Ã
l’organisation de conférences, rencontres et débats.
Il a été soumis aux institutions de formation des 27 Etats membres
de l’Union Européenne qui l’ont accueilli favorablement. Le Conseil
de l’Europe soutient ce projet et son élargissement à tous les Etats
membres du Conseil de l’Europe
Le modèle pourrait être le réseau européen de formation judiciaire.
La création d’un site internet sera à envisager dans un deuxième
temps.
Les participants à la conférence ont approuvé ce projet.
Jean-Jacques KUSTER
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