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  Bucarest 2007

Regional Conference Phare project

Technical Assistance for further assistance to the National School of Clerks

29-31 october 2007, Bucarest
The European Union of Rechtspfleger (EUR) experience.

Mesdames et Messieurs,

Permettez moi tout d’abord de remercier les organisateurs de cette manifestation d’avoir invité notre union à cette manifestation entièrement consacrée aux greffiers, à leurs fonctions, leur formation et aux perspectives de créer un réseau des écoles de formation. Sujet auquel notre union a toujours attaché une importance particulière. Merci aussi pour l’honneur d’intervenir en tout début de l’ordre du jour. Je suis heureux de me retrouver parmi les collègues roumains, car c’est à présent mon quatrième séjour dans ce beau pays, pour débattre avec eux de leurs préoccupations professionnelles, ce d’autant que le syndicat roumain « Justice Â» vient de rejoindre les membres de notre union.
Je voudrai aussi excuser notre nouveau président, M. Thomas Kappl, malheureusement empêché, mais me réjouir de la présence de notre président sortant M. Gabriele GUARDA.
Dans mon intervention je souhaiterai faire une brève présentation de notre union et évoquer certains des travaux qu’elle a menés (I), puis aborder la coopération avec le Conseil de l’Europe (II).

I) Présentation de l’EUR

L’EUR a célébré il y a quelques semaines lors de son dernier congrès à Stockholm son 40ème anniversaire.
En effet elle a vu le jour en 1967 lors d’une manifestation qui s’est déroulée à la Cour de Cassation allemande à Karlsruhe faisant suite aux contacts et à une union préalable entre les Rechtspfleger allemands et autrichiens et leur volonté d’élargir l’EUR à d’autres organisations rassemblant des fonctionnaires similaires en Europe. Ainsi en furent membres fondateurs les organisations professionnelles d’Autriche, d’Allemagne, de Belgique, de France et de Grande Bretagne.
L’EUR s’est notamment fixée comme objectifs de participer à la création, au développement ainsi qu’à l’harmonisation du droit sur le plan européen, de défendre les intérêts de ses membres, et d’entretenir de relations au-delà des frontières afin de soutenir et de promouvoir l’intégration européenne.
Elle comprend aujourd’hui 16 organisations membres en Europe et des membres associés au Japon et au Maroc entre autres.
L’EUR s’est dotée d’un bureau élu chargé de mettre en œuvre les orientations fixée par la présidence, lors des assemblées générales annuelles, et le congrès qui se réunit tous les trois ans.
Les fondateurs de notre union ont tout de suite compris l’intérêt de tisser des liens avec le Conseil de l’Europe pour qui les problèmes liés à l’accès à la justice et au fonctionnement du système judiciaire, garant du respect de l’Etat de droit, revêtent une importance particulière. Ils se sont rapidement enquis de solliciter le statut consultatif en qualité d’organisation non gouvernementale auprès de cette institution européenne. Leur démarche a été couronnée de succès dans la mesure où le comité des ministres accordait à l’EUR le statut consultatif par la résolution (71)10 du 5 mai 1971. Dès lors en qualité  d’Organisation Internationale Non Gouvernementale, l’EUR s’inscrit dans la coopération avec le Conseil de l’Europe et participe en tant qu’expert aux projets et travaux du Conseil de l’Europe mais s’engage aussi à diffuser des informations sur les buts et activités du Conseil de l’Europe auprès de nos membres.
Depuis 1971 l’EUR tient sa place au sein des OING et participe aux réunions et travaux organisés dans ce cadre. Le statut consultatif est devenu participatif depuis 2003 et c’est souligner l’importance accordée par le Conseil de l’Europe à la société civile qui peut faire entendre sa voix au cœur de la démocratie européenne. En collaborant avec le conseil de l’Europe les OING, dont l’EUR, apportent leur expérience de la promotion et de la défense des droits humains sur le terrain dans tous les domaines où elles sont actives et relayent les actions et décisions du Conseil dans les secteurs qui sont les leurs.

L’EUR est certes une petite organisation par rapport à d’autres organisations européennes de grande envergure. Mais grâce à l’activité intense et déterminée de ses militants, elle a pu obtenir des résultats fructueux et ce grâce à une étroite collaboration avec le Conseil de l’Europe et notamment sa Direction des Affaires Juridiques et j’en remercie sincèrement les directeurs qui nous ont soutenu.

Pour terminer cette présentation, je voudrai apporter quelques précisions sur les professions que rassemblent notre union, car à l’image des systèmes judiciaires européens très diversifiés, il faut savoir qu’au sein des tribunaux en Europe interviennent aux côtés des juges des personnels aux titres, fonctions et statuts les plus divers. Les Rechtspfleger allemands et autrichiens, vous le constaterez lors des exposés qui vont suivre, occupent une place prépondérante dans l’administration de la justice de leur pays et n’ont pas de véritables équivalent dans les autres états européens, si ce n’est maintenant dans les pays d’Europe centrale et orientale. C’est la fonction de greffier, assistant du juge, que l’on retrouve le plus fréquemment dans les pays latins qui a son origine dans l’antiquité grecque, égyptienne et latine. Mais tous ont une origine commune, celle du secrétaire, du greffier chargé de l’assistance du juge et de l’administration des tribunaux, et ont vécu des évolutions vers des missions plus spécifiques.
Ces fonctions en font un élément incontournable de l’administration judiciaire et un levier pour en améliorer la qualité et l’efficacité, car c’est bien là le débat aujourd’hui et l’intervenant précédent l’a fort bien souligné.

Au titre des activités menées par l’EUR je voudrai mentionner rapidement l’édition des études comparatives des statuts et fonctions des greffiers/Rechtspfleger en Europe dont la 3ème édition a paru en 2001 et qui est à présent disponible sur notre site internet www.rechtspfleger.org .
L’EUR a également organisé de nombreux séminaires et publié des études sur différents sujets mais je voudrai insister sur deux initiatives que je considère comme majeures.
La première a été l’élaboration d’un statut modèle de greffier/Rechtspfleger européen. Devant l’accroissement des tâches des tribunaux et de la charge de travail des juges, qui pèse lourdement sur les délais de procédure, l’EUR a voulu donner une nouvelle dynamique à la recommandation R (86)12 du Conseil de l’Europe, sur laquelle je reviendrai tout à l’heure, et répondre à la suggestion du Conseil de l’Europe en la personne de M. Harremoes, directeur des affaires juridiques, lors d’un congrès en 1990 et qui disait : « votre organisation pourrait entreprendre une action en deux phases, une description de fonction modèle, un profil de votre profession dont pourrait s’inspirer les instances nationales à l’Est comme à l’Ouest pour introduire ou consolider l’institution de greffier de justice…puis dans un deuxième temps, on pourrait essayer d’en extraire les éléments essentiels qui seraient éventuellement et ultérieurement consacrés dans une sorte de statut européen qui serait adopté par une de vos prochaines conférences. Â»
L’EUR a entrepris cette démarche afin qu’à partir de ce statut il y ait une ouverture possible vers la libre circulation du métier de greffier en Europe, ce d’autant que l’Europe du Droit est une réalité tant par le droit communautaire que par la convention européenne des droits de l’Homme à laquelle la Cour de Strasbourg a donné une dimension considérable.
Après de longs débats l’EUR a établi et adopté un statut modèle sous les quatre aspects des statuts, des conditions d’accès et de diplôme, des fonctions et de la formation. Il propose notamment dans son préambule l’introduction du Rechtspfleger/Greffier dans les pays européens comme une des mesures de nature à améliorer l’efficacité des tribunaux et garantir aux citoyens une décision judiciaire dans un délai raisonnable, et ce en se basant entre autres sur la recommandation du comité des ministres du Conseil de l’Europe n° R (86)12. Ce statut préconise ainsi de confier à un organe indépendant chargé de dire le droit dans les limites des compétences fixées par la loi, de nombreuses attributions dans la juridiction gracieuse, en matière civile et pénale et des fonctions de direction et d’administration des tribunaux. Je tiens à votre disposition des exemplaires de ce statut (figurant également sur notre site).
La deuxième initiative résulte des travaux menés lors d’un séminaire qui s’est tenu à Vienne en 2000, a abouti à trois résolutions :
- Une amélioration de l’efficacité de la justice peut être obtenue par le transfert de compétences du juge aux Rechtspfleger ; les tribunaux disposent de personnels qualifiés en nombre suffisant auxquels on peut recourir pour ces transferts de compétence. Selon le système juridique existant, les Rechtspfleger ou les fonctionnaires similaires comme les greffiers doivent être mis en place. Le transfert de tâches comme il existe de façon accentué en Allemagne et en Autriche (en matière de juridiction gracieuse, de registres comme le registres fonciers et de commerce, de successions, de procédures d’injonction de payer, de succession, d’exécution forcée judiciaire notamment) permet au juge de se consacrer essentiellement aux procès civils et pénaux. Le transfert de nombreuses autres tâches judiciaires aux Rechtspfleger permet également de prendre des décisions plus rapidement. En outre il permet de réduire les dépenses de personnels.

- compte tenu des excellents résultats obtenus par l’injonction de payer dans le cadre de l’accélération de procédures, il est proposé d’œuvrer en faveur de l’introduction d’une procédure d’injonction de payer européenne dans tous les pays membres et confiée au Rechtspfleger. Le titre est ainsi obtenu de la façon la plus économique et, comme le démontre la pratique en Autriche où 80 % des prétentions émises en matière civile ne font pas l’objet de recours. Ce type de procédure est en outre entièrement informatisé et fait l’objet d’un règlement en l’espace de quelques jours (moins d’une semaine).

- l’informatique, technologie moderne de communication, doit être pleinement mise en oeuvre dans les tribunaux. Il en résulte des possibilités d’accélération des procédures et des réductions de coût pour les tribunaux.

II) La coopération avec le Conseil de l’Europe

Je voudrai simplement retracer 3 étapes marquantes de cette collaboration avec le Conseil de l’Europe.

1) le comité d’experts pour le fonctionnement de la justice

Ce comité avait en charge de rédiger le projet de recommandation relative à certaines mesures visant à prévenir et à réduire la surcharge de travail des tribunaux qui allait être adoptée sous le n° R (86)12 et qui préconise en son point II « d’éviter d’accroître le volume des tâches non juridictionnelles confiées aux juges et le diminuer progressivement en confiant celles-ci à d’autres personnes ou organes Â». Nos observateurs auprès de ce comité, ont pu faire mentionner les «Rechtspfleger Â» allemands et autrichiens dans l’exposé des motifs de cette recommandation comme illustration optimale parmi les mesures préconisées et ont donné ainsi au «Rechtspfleger Â» sa dimension européenne.

2) la coopération avec les pays d’Europe centrale et orientale

L’EUR a très rapidement pris conscience de l’enjeu existant dans la reconstruction de l’Etat de droit dans les pays d’Europe centrale et orientale après la chute des régimes communistes et a entamé dès 1990 une coopération intense avec le Conseil de l’Europe dans les programmes visant à rétablir une justice conforme à l’Etat de droit dans ces pays. Ce sont de multiples séminaires tenus à Strasbourg ou dans les pays d'Europe centrale et orientale qui ont permis de mieux faire connaître le rôle des greffiers et «Rechtspfleger». Cette coopération a trouvé son apogée dans l’organisation, avec la direction générale des affaires juridiques du Conseil de l’Europe, d’un séminaire multilatéral en mars 1997 où étaient présents les représentants des pays d’Europe centrale et orientale et dans lequel plusieurs de nos collègues ont pu souligné la contribution des greffiers et des « Rechtspfleger» à l’amélioration de l’efficacité de la justice et promouvoir le statut-modèle de « greffier/Rechstpfleger européen Â» adopté par notre union. Grâce à notre action le programme d’activités pour le développement et la consolidation de la stabilité démocratique du Conseil de l’Europe s’est enrichi d’une action spécialement dédiée au rôle du greffier et du « Rechtspfleger Â» dans l’amélioration de l’efficacité de la justice dont de nombreux pays ont fait usage. Et j’ai d’ailleurs eu l’occasion d’intervenir dans ce cadre ici à Bucarest il y a quelques années.

3) la Commission européenne pour l’efficacité de la justice (CEPEJ)
Lors de notre congrès de Tours en 2001, M. Guy DE VEL, directeur des affaires juridiques, nous annonçait la création prochaine de cette commission. Après son établissement par la Résolution (2002)12 adoptée par le Comité des Ministres le 18 septembre 2002, l’EUR a sollicité et obtenu le statut d’observateur auprès de la CEPEJ et a participé depuis aux travaux qu’elle a menés et dont le retentissement en Europe est remarquable. Grâce à notre intervention un état des lieux quant aux personnels non-juges (dont les « Rechtspfleger Â» et les greffiers) figurent à présent dans les évaluations des systèmes judiciaires en Europe publiés par la CEPEJ et dont la publication constitue un évènement dans le monde judiciaire européen. La prochaine édition se prépare pour une parution en 2008 sur les données fournies par les pays membres pour l’année 2006.
C’est également au sein de deux autres groupes de travail de la CEPEJ que notre union apporte sa contribution.
Le premier consacré à la qualité de la justice est chargé de développer les moyens d’analyse et d’évaluation du travail effectué au sein des juridictions en vue de permettre d’améliorer, au sein des états membres, la qualité du service public délivré par les systèmes judiciaires, notamment au regard des attentes des praticiens du droit et des justiciables. A cette fin il devra développer des outils, des indicateurs et des moyens de mesure la qualité du travail judiciaire et élaborer des solutions concrètes à l’attention des décideurs publics et des tribunaux permettant de remédier aux dysfonctionnements constatés dans l’activité judiciaire. Ce groupe travail actuellement sur un projet de grille de questions destinées à évaluer et améliorer la justice dans son accessibilité et sa responsabilité démocratique. L’EUR a suggéré que ce travail débouche sur une série de recommandations adressées aux états pour qu’ils créent les normes nécessaires pour assurer une justice de qualité et un document adressé plus spécifiquement aux organes responsables du fonctionnement du système judiciaire pour qu’ils promeuvent immédiatement une justice de qualité au niveau des moyens tant humains, financiers que logistiques, au niveau des méthodes de travail et à celui des rapports avec les utilisateurs. Concernant les moyens humains l’EUR a souligné que la formation initiale des juges, Rechtspfleger et des greffiers devait constituer dans chaque état un projet unitaire de valorisation des ressources humaines et devrait être structuré de manière à prévoir des activités de formation communes entre les juges et les différentes personnes travaillant dans les tribunaux. En outre l’EUR a observé que si l’on veut obtenir une justice de qualité il est nécessaire que tous les acteurs du procès soit conscients de travailler ensemble dans un but commun, sur la nécessité de travailler en équipe dans les tribunaux.
Le deuxième groupe de travail dénommé groupe de pilotage du centre « Saturn Â» pour la gestion du temps judiciaire est chargé de proposer des mesures de nature à prévenir les violations du droit à un procès équitable dans un délai raisonnable. Il préconise dans un premier temps de mettre en place un questionnaire pour recueillir des tribunaux des informations sur les délais de procédure et qui permettra d’élaborer des outils permanents sur les délais de procédure en Europe.
En conclusions, comme vous le constatez, notre union est largement impliquée dans les travaux de la CEPEJ et de ceux du Conseil de l’Europe. Le bilan que l'on peut tirer de notre collaboration avec le Conseil de l’Europe est très largement positif. La place du greffier et du « Rechtspfleger Â» au sein de cette institution est largement reconnue. Nous le devons tant à nos collègues qui se sont investis pour y représenter l’EUR depuis que le statut consultatif nous a été attribué, qu’aux instances du Conseil de l’Europe et notamment la direction des affaires juridiques qui a toujours souligné que les greffiers et « Rechtspfleger Â» sont les garants de l’efficacité de la justice en ce qu’ils jouent un rôle essentiel dans l’administration de la justice et des tribunaux.
Ceci dit, je ne voudrai pas faire croire que notre union entretient une « exclusivité Â» avec le Conseil de l’Europe ! Elle est aussi en relation avec l’Union Européenne et sa direction « Justice et Affaires Intérieures Â» au regard notamment des travaux menés en matière de reconnaissance mutuelle des décisions et des règlements intervenus en la matière. Les greffiers et Rechtspfleger auront un rôle à jouer dans la mise en Å“uvre de ces règlements (je citerai par exemple le titre exécutoire européen et l’injonction de payer européenne) pour là aussi contribuer, à leur niveau, à améliorer l’efficacité et la qualité de la justice en Europe.
Cela passe évidemment par une formation de qualité et des institutions de formation dédiés aux greffiers et aux Rechtspfleger. Je rappellerai ici les conclusions de la réunion multilatérale organisée par le Conseil de l’Europe en coopération avec l’EUR en mars 1997 soulignant que la formation est un élément d’importance majeure dans l’intérêt de la profession, tant initiale au stade de l’accès à la profession que continue au cours de la carrière. Cette formation des greffiers / Rechtspfleger doit être un objectif prioritaire au niveau européen. Cette conférence y contribuera sans aucun doute.

Je vous remercie.

Jean-Jacques KUSTER, représentant de l’EUR auprès du Conseil de l’Europe

UNION EUROPEENNE DES RECHTSPFLEGER
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