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  Cepej

Un nouvel objectif pour les systmes judiciaires

Le traitement de chaque affaire dans un dlai optimal et prvisible
Programme-Cadre


Strasbourg, le 11 juin 2004                          CEPEJ (2004) 19 Rev 1
COMMISSION EUROPEENNE POUR L'EFFICACITE DE LA JUSTICE (CEPEJ )

Les mesures prconises dans ce document sont des suggestions, et n'engagent pas, ce stade, les Etats membres. La liste de ces mesures n'est ni exhaustive, ni dfinitive. Ce Programme-Cadre sera mis en œuvre travers des modalits concrtes dfinies par la CEPEJ en tenant compte des observations des Etats membres, en particulier sur les priorits retenir.
1.    La CEPEJ (Commission europenne pour l'efficacit de la justice) a dcid de se saisir du problme des dlais des procdures judiciaires, considrant qu'il s'agissait d'une proccupation prioritaire s'inscrivant dans le cadre des objectifs du Conseil de l'Europe en matire de Droits de l'Homme et d'Etat de Droit. C'est galement un sujet d'intrt vital pour les usagers de la justice. Le prsent document vise dfinir une nouvelle approche de cette question, tirer profit des travaux dj raliss et prsenter des propositions pour un travail ultrieur permettant de prparer des solutions ralistes et utiles aux Etats. L'introduction rappelle les principaux enjeux du problme. La premire partie traite des principes poss par la Cour europenne des Droits de l'Homme (CEDH) dans sa jurisprudence, rappelle les travaux dj mens par le Conseil de l'Europe et dfinit des principes directeurs. La deuxime partie recommande des Lignes d'action, incluant des mesures concrtes, qui pourraient tre prsentes par la CEPEJ au Comit des Ministres du Conseil de l'Europe.
Introduction
2.    Il apparat ncessaire d'introduire un nouvel objectif pour les systmes judiciaires : le traitement de chaque affaire dans un dlai optimal et prvisible.
3.    On a pris l'habitude de se rfrer la notion de " dlai raisonnable " qui figure dans l'article 6.1 de la Convention europenne des Droits de l'Homme (CEDH). Mais cette norme constitue une " limite basse " (qui spare la violation de la non-violation de la convention), et ne peut en aucun cas tre considre comme un rsultat suffisant, s'il est atteint.
4.    La Cour europenne des Droits de l'Homme est aujourd'hui submerge de requtes relatives au " dlai raisonnable " et consacre une bonne partie de son temps rendre des arrts condamnant les Etats pour non-respect du " dlai raisonnable " dans les procdures judiciaires. Les dlais excessifs constituent un problme majeur dans la plupart des Etats membres. Les sondages raliss ici ou l font apparatre que la lenteur de la justice est le problme numro un, peru comme tel non seulement par l'opinion publique dans son ensemble, mais aussi par ceux qui ont eu un contact direct avec les tribunaux. Cette situation lse tous les usagers - quelle que soit leur " position " dans le systme judiciaire : parties en litige, prvenus, victimes, tmoins, jurs, etc - l'exception de ceux qui ont intrt voir les procdures durer. Alors que le secteur priv, de mme que les autres services publics, ont, ces dernires annes, intgr la notion de dlai dans leurs relations avec leurs clients/usagers, la justice semble tre reste largement l'cart de cette tendance, tout au moins dans l'image qu'elle donne au public. Les Etats les plus touchs sont d'ailleurs des Etats membres du Conseil de l'Europe depuis sa cration. Ils ne sont cependant pas les seuls souffrir de ce mal endmique qui touche les systmes judiciaires europens. Dans plusieurs Etats ayant adhr ces dernires annes au Conseil de l'Europe, la question de la lenteur de la justice est un enjeu majeur de politique intrieure.
5.    L'ampleur du phnomne suffit justifier une raction vigoureuse. La jurisprudence de la Cour de Strasbourg atteste du caractre exponentiel de ce " syndrme de lenteur ". Il s'agit aujourd'hui pour le Conseil de l'Europe d'un enjeu majeur : si une amlioration en ce domaine n'intervient pas dans les annes qui viennent, la Cour, submerge par des affaires portes devant elle sur la base de l'exigence du " dlai raisonnable ", ne pourra pas assurer sa mission de sauvegarde d'autres Droits de l'Homme au moins aussi essentiels, tels le droit la vie, la dignit, la libert d'expression, ne pas subir la torture, une vie familiale, etc.
6.    La CEDH a soulign l'impratif - au regard de la Convention - de mcanismes nationaux tendant apporter un redressement appropri en cas de violation des dlais excessifs (affaire Kudla c. Pologne et Scordino c. Italie, dc. n 36813/97, CEDH 2003 IV) par le biais d'une indemnisation ou par d'autres moyens. Plusieurs Etats ont mis en place des dispositifs spcifiques pour rpondre cette proccupation de la Cour. Toutefois les dispositifs limits une indemnisation ont un effet incitatif trop faible sur les Etats pour les amener modifier leur fonctionnement et n'apportent qu'une rparation a posteriori en cas de violation avre au lieu de trouver une solution au problme de la dure .
7.    L'enjeu est encore plus crucial pour les Etats membres, directement responsables du bon fonctionnement de leur systme judiciaire : au-del d'un certain seuil critique, une trop grande lenteur a pour consquence une crise de confiance gnrale, aussi bien chez les citoyens que dans le monde conomique, dans la justice, un des piliers de la dmocratie, et, par voie de consquence, dans la dmocratie elle-mme.
8.    L'existence de dlais excessivement longs peut notamment crer des conditions favorables la corruption judiciaire. Paradoxalement, la corruption sert acclrer certaines procdures, rompant ainsi l'galit des citoyens devant la justice. Par ailleurs, ceux qui profitent systmatiquement de cette corruption n'ont aucun intrt voir la situation s'amliorer.
9.    Certains voquent l'insuffisance des moyens. D'autres, une " culture de la lenteur ", enracine dans la mentalit des acteurs. La mauvaise " gouvernance " des systmes judiciaires, aussi bien au niveau local de chaque tribunal qu'au plan national, est galement incrimine. Cette recherche des causes est indispensable, car seule une bonne comprhension des " facteurs de lenteur " permettra de les corriger. Mais ce n'est qu'une premire tape. Les ressources alloues la justice ne pourront de toute faon pas tre augmentes l'infini, alors que la demande de justice, elle, ne connat, potentiellement, pas de limites.
10.    L'ampleur du problme et la gravit de la situation ont t mis en vidence par les nombreux sondages et enqutes raliss auprs des personnes qui ont t en contact avec la justice, et auprs des citoyens en gnral.
11.    Les usagers doivent avoir leur mot dire dans la question des dlais. Sur ce point comme sur d'autres, les citoyens exigent de ne plus tre considrs comme des personnes passives, mais comme des acteurs. Ils souhaitent tre associs aux dcisions et aux processus qui les concernent. Et cette revendication porte aussi sur la dimension temporelle des activits dans lesquelles ils sont impliqus : il n'est plus possible d'accepter plus longtemps que, pour ce qui touche aux procdures judiciaires, les usagers soient laisss dans la plus grande incertitude concernant le dlai dans lequel leur affaire sera examine, et n'aient aucune possibilit de peser sur la dure de cette procdure.

PREMIRE PARTIE : LA RFLEXION SUR LES CAUSES DES RETARDS

1.    La jurisprudence de la CEDH et les travaux du Conseil de l'Europe
12.    On se contentera ici de rappeler brivement les principaux lments du cadre normatif dfini par la Cour europenne de Strasbourg.
13.    Une procdure ne doit pas tre trop longue, pour assurer aux citoyens et l'Etat une certitude juridique. Des conflits s'ternisant mettraient en pril la continuit sociale. Elle ne doit pas non plus tre trop courte, pour garantir, notamment, la possibilit pour les parties d'avoir un temps suffisant pour prparer leur dossier. C'est pourquoi le dlai de traitement des affaires doit permettre de s'carter la fois d'une justice expditive, la prcipitation engendrant des dcisions souvent injustes et toujours mal perues, et d'une justice trop lente, la lenteur aboutissant au dni de justice.
14.    Le dlai de procdure court depuis le moment o les autorits commencent avoir une responsabilit juridique l'gard d'un citoyen, jusqu' l'excution dfinitive de la dcision finale. Le dlai raisonnable inclut en particulier le temps allou la rdaction de la sentence.
15.    Pour apprcier le caractre raisonnable ou non du dlai, la Cour a dfini plusieurs critres : la complexit de l'affaire, le comportement du requrant, le comportement des autorits comptentes (y compris les tribunaux), et l'enjeu du litige pour le requrant. Sur la base de ces critres, elle examine chaque affaire au cas par cas. C'est ce qui explique que la jurisprudence de la Cour ne permet pas d'extrapoler des normes en matire de dlais pour les diffrentes catgories d'affaires. La Cour ne s'est pas non plus engage dgager des causes spcifiques des retards, ni proposer des solutions. Son rle exclusif, dans chaque affaire, est d'apprcier si le retard est draisonnable, et, si oui, s'il est imputable l'Etat.
16.    Longtemps, on a considr que la qualit de la justice dpendait, entre autres, de la distance qu'elle parvenait crer entre ceux qui la rendaient et ceux pour lesquels elle tait rendue, cette distance seule permettant l'apparence d'impartialit et la majest que l'on dsirait attacher au rle du tribunal dans la procdure judiciaire. Aujourd'hui, cette attitude est perue comme l'incapacit du systme judiciaire se rendre plus proche, plus clair et plus accessible pour le citoyen. C'est au contraire en rapprochant la justice des citoyens et en facilitant leur association son fonctionnement que l'on pourra amliorer sa qualit. Le 2 dcembre 2003, plusieurs intervenants ont voqu cette association des usagers, au cours d'une session organise Strasbourg, et dont le thme - La justice au service des citoyens - reflte prcisment la dmarche de la CEPEJ. Cela s'applique galement la question des dlais.
17.    Les dlais excessifs des procdures judiciaires sont au centre de l'attention du Conseil de l'Europe. Considrant que ces dlais taient un symptme d'une mauvaise efficacit de la justice, le Comit directeur pour la Coopration juridique (CDCJ) et les organes crs en son sein ont labor de nombreuses recommandations adoptes par le Comit des Ministres, qui, diffrents titres, proposent des mesures dans ce domaine . Les recommandations R(86)12 (relative certaines mesures visant prvenir et rduire la surcharge de travail dans les tribunaux), R(94)12 (relative l'indpendance, l'efficacit et le rle des juges), R(95)12 (sur la gestion de la justice pnale) sont mentionner plus particulirement.
18.    La Confrence des Ministres europens de la justice qui s'est tenue Londres en juin 2000, a adopt un rapport sur les " Mesures d'un bon rapport cot/efficacit prises par les Etats membres permettant d'amliorer l'efficacit de la justice ", en s'appuyant sur l'exprience des Etats membres. Les mesures prsentes, qui portent sur de nombreux aspects du fonctionnement du systme judiciaire, ont inspir plusieurs Etats dans les rformes qu'ils ont engages ces dernires annes. Dans la deuxime partie du prsent document, sont voques les mesures qui ont fait la preuve de leur pertinence en matire de rduction des dlais.
19.    A la suite de cette Confrence de Londres, le Comit des Ministres dcidait, en septembre 2002, la cration de la CEPEJ. N'tant ni un organe de contrle ni un organe de suivi, la CEPEJ a pour tche d'examiner les principaux problmes des systmes judiciaires, d'analyser la situation prsente, et d'offrir, selon les besoins, son assistance pour permettre aux Etats d'avoir une image exacte de leur systme judiciaire. Elle a adopt en dcembre 2003 une grille d'valuation des systmes judiciaires, base sur des critres comparatifs, dont les rponses feront l'objet d'une premire analyse et publication en 2004. Ds sa premire runion plnire en fvrier 2003, la CEPEJ affirmait sa volont de rpondre aux proccupations des usagers.
20.    Le rapport prpar pour la Confrence de Londres avait soulign l'importance des moyens, mais galement mis en avant le phnomne (variable selon les pays) d'augmentation du contentieux transmis aux tribunaux, ainsi qu'une mauvaise organisation des tribunaux ou des procdures trop complexes ou trop rigides.
21.    Les recherches rcentes menes dans plusieurs pays (souvent hors d'Europe) confirment que pour obtenir une amlioration en matire de dlais, il convient de prendre en compte d'autres facteurs. MM. Langbroek et Fabri ont tabli la liste suivante, fournie par diverses tudes et recherches qu'ils ont dpouilles : motivation des magistrats, fermet des suprieurs hirarchiques et mcanismes de responsabilit adquats ; implication des diffrents acteurs ; contrle de l'avancement des affaires par le tribunal ; dfinition d'objectifs et de critres ; suivi des affaires au moyen d'un systme d'information ; approche fonde sur la gestion des dossiers ; mesures contre les manœuvres dilatoires (par exemple fixation de dates fermes et dsignation de " juges de rserve " pour les procs) ; systme d'attribution individuelle des affaires ; enseignement et formation.
22.    Les caractristiques des procdures judiciaires (pnales, civiles et administratives), la gestion des tribunaux, le cadre de gouvernance des tribunaux sont galement trois facteurs importants.

2. Attention aux fausses bonnes solutions

23.    L'mergence du problme de la lenteur de la justice dans le dbat public peut s'expliquer par sa gravit. Elle peut aussi indiquer une prise de conscience positive de la volont de s'y attaquer. Plac sous le feu des medias, il oblige les responsables politiques concevoir des programmes et afficher des rsultats. Dans ce contexte, il est essentiel de ne pas cder au " diktat de l'urgence ", et de ne pas adopter, dans la prcipitation, des mesures qui pourraient avoir des rsultats inverses au but recherch.
24.    La question se pose tout particulirement dans le domaine judiciaire, confi des professionnels disposant non seulement d'une comptence " technique " spcifique, mais aussi de garanties, par exemple l'indpendance des juges. Comme le mdecin, le juge est seul au moment o il prend sa dcision. Et comme pour la mdecine, la perspective d'une activit professionnelle soumise la pression de l'urgence, sans tenir compte de la nature ou des circonstances particulires des affaires, ne pourrait aboutir qu' dmotiver durablement les juges, tout en faisant planer un doute srieux sur l'utilit et la qualit de leurs dcisions. La qualit professionnelle, et ceci est vrai galement pour les autres catgories de personnels, tient aussi la confiance et l'autonomie accordes chacun dans l'exercice de son mtier. Aussi, tout projet sur les dlais des procdures judiciaires doit tre labor avec la participation active des acteurs concerns, et conu de telle manire qu'il ne soit pas peru comme une volont de transformer les tribunaux en " machines produire des jugements ". En mme temps, cette spcificit de l'activit judiciaire n'est pas un argument pour laisser la lenteur se perptuer. Les juges, les procureurs, les greffiers, les avocats, doivent garder la matrise de leur temps, mais, simultanment, trouver les moyens de distinguer le " temps utile " du " temps gaspill ".
25.    Dans plusieurs Etats, des mesures ont t prises, notamment en matire pnale, pour acclrer la rponse judiciaire, par exemple en matire de petite dlinquance, qui ont permis de rduire le dlai qui sparait la sanction de l'infraction, mais qui affectent les capacits de traitement des tribunaux pour d'autres catgories d'affaires plus complexes, par exemple les infractions conomiques et financires. Cette rduction des dlais obtenue pour certaines catgories d'affaires ne doit pas aboutir une " justice duale " - d'un ct la justice qui serait rendue rapidement, avec le risque de voir les droits de la dfense amoindris, de l'autre celle de ceux qui ont les moyens matriels de s'offrir les prestations des meilleurs avocats et de faire valoir tous les artifices de procdure. Le traitement prioritaire de certaines catgories d'affaires peut avoir une justification (cf ci-dessous). Il ne doit cependant en aucun cas tre la consquence d'une absence de gestion. L'objectif de rduction des dlais consiste rechercher pour chaque affaire le respect du dlai optimal, satisfaisant la fois pour la socit, pour les parties, pour les victimes, pour les prvenus, etc.

DEUXIME PARTIE : ELMENTS D'UN PLAN D'ACTION POUR UNE NOUVELLE APPROCHE

1. Principes prendre en compte

26.    Trois principes essentiels doivent tre retenus, qui s'appliquent l'ensemble des aspects du systme judiciaire.
Premier principe : Le principe d'quilibre et de qualit globale
27.    Il appartient chaque Etat membre de trouver un quilibre entre, d'une part, les ressources qu'il peut mettre la disposition de la justice et la gestion intelligente de ces ressources, et, d'autre part, les objectifs assigns la justice. De ce point de vue, la Cour europenne des Droits de l'Homme a toujours affirm que les principes dont elle assure le respect sont compatibles avec le souci lgitime d'efficacit de la justice.
28.    Plusieurs Etats membres ont introduit un " systme-qualit " dans leur organisation judiciaire. Dans ce systme, sont prises en compte les dimensions respectives de l'organisation interne adquate des tribunaux, de procdures efficaces, de la qualit juridictionnelle et des souhaits des usagers de la justice. L'objectif principal est d'amliorer la qualit du systme judiciaire dans sa globalit.
Deuxime principe : La ncessit de disposer d'outils de mesure et de connaissance, ayant fait l'objet d'une adoption par consensus des partenaires concerns
29.    Plusieurs Etats membres sont en mesure de fournir des statistiques sur les dures des procdures judiciaires. Mais ces statistiques sont tablies chaque fois sur la base de rgles et de critres nationaux, ce qui rend difficiles les comparaisons. C'est pourquoi la CEPEJ a labor une " Grille-pilote ", runissant dans un mme questionnaire une liste d'une centaine de questions tablies partir d'une approche commune des diffrents aspects du systme judiciaire. Les dlais de procdure en constituent un des chapitres. La CEPEJ a retenu quelques situations caractristiques, en matire civile, pnale et administrative. L'analyse des rponses devrait permettre, ds la fin 2004, une meilleure connaissance des situations respectives des Etats. Cette grille se veut aussi un encouragement aux Etats pour mettre en place ou renforcer leurs dispositifs statistiques relatifs l'activit judiciaire. Il convient galement d'insister sur la ncessit de dgager des mthodes harmonises de collecte de donnes et d'laborer des indicateurs communs.
Troisime principe : La ncessit de concilier toutes les exigences qui contribuent un procs quitable
30.    Il convient de mesurer soigneusement l'quilibre respecter entre les garanties procdurales, qui ont ncessairement pour consquence l'existence de dlais incompressibles, et la proccupation d'une justice diligente. De ce point de vue galement, la jurisprudence de la CEDH apporte des lment prcieux. La Cour n'exclut pas que ces garanties procdurales soient diffrencies en fonction de certains critres. Mais cette diffrenciation doit tre faite de manire claire, transparente, quitable, et prcise ds le dbut de la procdure, le cas chant conditionne par l'accord des parties en prsence.
2. L'approche globale et les angles d'attaque
31.    Une remarque pralable s'impose : le prsent document se concentre sur l'objectif de la rduction des dlais. Il est clair que les stocks d'affaires en instance jouent un rle cl en la matire. Un tribunal surcharg verra ses dlais augments d'autant. La spcialisation des tribunaux, une meilleure rpartition des affaires entre les diffrents niveaux d'instance, une modification de la carte judiciaire , ou encore l'utilisation de moyens alternatifs de rglement des litiges constituent des facteurs pouvant influer positivement sur la rduction des stocks d'affaires, et en particulier pour les tribunaux surchargs. L'impact de ces mesures sur les dlais est rel, mais indirect. Il a t jug prfrable de concentrer ici l'attention sur les mesures ayant un impact direct sur les dlais.
32.    Une approche globale du systme judiciaire est ncessaire. En effet, toute action sur l'un des aspects a des consquences sur les autres.
33.    Les exigences auxquelles sont soumis les systmes judiciaires sont multiples et parfois opposes. Les Etats doivent en consquence trouver des compromis entre les diffrents objectifs qu'ils se fixent. En matire d'amlioration du fonctionnement de la justice, il n'y a pas de recette miracle ni de solution universelle. Ainsi, titre d'exemple, les mesures prises pour atteindre l'objectif - louable - de garantir un accs de tous aux tribunaux ont pour effet d'accrotre le nombre de dossiers traiter. Si, dans le mme temps, les moyens allous ne sont pas accrus, ces mesures entranent, soit un allongement de la dure des procdures, soit une rduction de la qualit des dcisions. La mise en œuvre des trois principes voqus plus haut, et une approche globale, permettent de mieux dfinir des politiques d'ensemble prenant en compte les effets des mesures envisages.
34.    Il s'agit d'un systme dont les diffrents lments peuvent se distinguer comme suit :
i.    La quantit de dossiers traiter (les affaires)
ii.    Les moyens dont le systme dispose pour traiter ces dossiers : personnel, matriel, tribunaux (et, ce qui va avec, les ressources budgtaires et la manire dont ces tribunaux sont organiss)
iii.    La dure du traitement des dossiers
iv.    La qualit du traitement des dossiers (qui se traduit, ici, la fois par la qualit intrinsque des dcisions prises et par le respect des procdures).

35.    Rduire la dure implique une action sur les trois autres lments - la quantit des dossiers traiter, les moyens dont le systme dispose, la qualit du traitement des dossiers.
36.    La difficult dfinir les mesures adquates peut tre illustre par deux exemples :
i. La motivation des dcisions par le juge dans son jugement peut tre considre comme un facteur d'allongement des dlais aussi bien que l'inverse. Rdiger soigneusement une dcision, en peser les considrants, la rendre comprhensible et claire, sont autant d'oprations qui prennent du temps. Aussi, certains estiment possible un allgement des exigences qui s'imposent la motivation des dcisions. Mais le raisonnement inverse est galement soutenu. Une dcision bien motive permet aux parties de mieux accepter la dcision. De bonnes dcisions de premire instance ont pour consquence de rduire les appels.
ii. L'intrt d'une procdure pralable de conciliation est galement discut, du point de vue de la rduction des dlais. De manire gnrale, il est clair qu'une conciliation russie permet d'interrompre une procdure, et donc de rduire le dlai. Mais d'un autre ct, une disposition qui impose une conciliation pralable, alors que cette conciliation pralable n'est pas souhaite par les parties et choue de manire quasi-systmatique, ne fait que rajouter une tape inutile la procdure, et donc allonge le dlai. Comme le remarquent MM. Fabri et Langbroek, " c'est la faon dont (cette procdure) est utilise qui peut faire la diffrence ", et pas le fait qu'elle existe ou non.
37.    Souvent, les medias ont concentr leur attention sur les problmes rencontrs par la justice pnale. Cependant, les problmes les plus aigus, en termes de rduction des dlais, touchent la justice civile. Contrairement une ide rpandue, la responsabilit du bon fonctionnement de la justice civile relve des Etats, et il n'est pas acceptable de laisser aux seules parties la responsabilit de l'avancement des procdures.

3. Lignes d'action recommandes par la CEPEJ

a.    Mesures concernant les institutions l'chelon national
Ligne d'action 1 : agir sur les ressources.

38.    La justice ne peut pas fonctionner sans moyens : un nombre suffisant de juges, et autres personnels judiciaires et non-judiciaires (correctement forms et suffisamment rmunrs) ; des locaux en bon tat ; des matriels adquats permettant aux audiences de se tenir et aux jugements d'tre rdigs, transmis, publis, etc. Chaque Etat a la responsabilit d'assurer aux acteurs du systme judiciaire les moyens de son fonctionnement.
39.    L'insuffisance des moyens mis la disposition de la justice peut parfois expliquer sa lenteur. Cependant, il n'en est pas moins vrai que, dans nombre de cas, les lenteurs judiciaires s'expliquent davantage par l'inefficacit des tribunaux que par l'insuffisance de leurs ressources. Des moyens suffisants, sur le plan budgtaire, humain, matriel, sont une condition ncessaire, mais non suffisante, pour assurer un bon fonctionnement de la justice et des dlais raisonnables de traitement des affaires.
40.    Les ressources doivent tre mises disposition, organises et gres selon des programmes d'action et de gestion labors en fonction d'objectifs prcis. La mise en œuvre de ces programmes doit faire l'objet d'un contrle rgulier pour vrifier si ces objectifs sont atteints.
41.    Agir sur les moyens signifie, soit les augmenter, soit augmenter leur efficacit (tant entendu que ces deux options ne s'excluent pas l'une l'autre). C'est sur ce deuxime aspect que portent les propositions ci-dessous.
42.    En ce qui concerne les hommes, elle passe par une augmentation de la motivation. Une augmentation des rmunrations peut la susciter. De manire gnrale, tous les acteurs du systme judiciaire doivent recevoir une rmunration suffisante en contrepartie de leur contribution.
43.    Des " projets de juridictions " pourraient tre favoriss, autour d'objectifs en matire de traitement des affaires . Une telle dmarche a l'avantage de faciliter la mobilisation de tous les personnels d'un tribunal.
44.    De manire gnrale (cf le premier principe voqu ci-dessus), un accroissement des comptences des quipes assurant la direction des tribunaux, notamment en matire de gestion des ressources budgtaires (qui doit alors tre lie un accroissement de la responsabilit et une possibilit de sanction de cette responsabilit) rend possible la mise en place de programmes de rduction des dlais.
45.    La gestion administrative des tribunaux constitue une activit part entire. Quel que soit le statut des personnes charges de cette tche (magistrats ou administrateurs), il est essentiel que ces personnes bnficient des comptences professionnelles ncessaires. Cela passe videmment par une formation adquate, et par une dfinition claire des responsabilits respectives des diffrentes catgories concernes.
46.    Une amlioration de la gestion des flux et des stocks de dossiers semble constituer une exigence gnrale dans la plupart des Etats membres.
47.    La modernisation des moyens (en particulier l'utilisation des technologies de l'information) permet, dans le cadre d'une rflexion incluant l'ensemble des dimensions concernes (mobilisation des acteurs, souhaits des usagers, respect des procdures, etc) de favoriser l'limination de temps gaspill (par exemple pour des tches rptitives, ou pour les transmissions de pices).

Ligne d'action 2 : agir sur la qualit de la lgislation

48.    Pour chaque loi, il devrait tre procd, le cas chant aprs consultation des reprsentants des acteurs du systme judiciaire concerns, une tude de l'impact des mesures envisages sur les dlais et l'activit des tribunaux. Cette valuation devrait intervenir ex ante, au moment de son examen par le Parlement, afin d'en tenir compte dans le contenu mme de la loi, et ex post, pour adapter, le cas chant, les moyens allous aux juridictions.

Ligne d'action 3 : amliorer la prvisibilit des dlais
49.    L'une des difficults les plus pnibles que vivent les usagers de la justice, c'est qu'ils sont incapables de prvoir quand la procdure s'achvera. Engager une procdure, c'est souvent se lancer dans un processus dont on devine qu'il sera long, mais surtout dont la longueur apparat impossible prvoir. De ce fait, le sentiment d'un processus interminable est appliqu par les usagers toutes les affaires . Les usagers ont en fait autant besoin d'une prvisibilit des procdures (ds le commencement) que d'un dlai optimal. Il convient cependant de souligner qu'un dlai prvisible n'est pas forcment acceptable. L'action en faveur d'une meilleure prvisibilit des dlais est donc additionnelle par rapport l'action en faveur d'une rduction des dlais.
50.    La transparence devrait tre assure par la publication des donnes relatives aux dures de procdures par type d'affaires, au niveau national et dans chaque juridiction.
51.    La CEPEJ pourrait entreprendre une analyse des causes des retards et surtout des remdes apporter, en s'appuyant sur la jurisprudence relative l'article 6.1 CEDH " dlai raisonnable ", sur les contributions des Etats membres et sur les tudes pertinentes du Conseil de l'Europe.

Ligne d'action 4 : dfinir des normes pour un dlai optimal par type d'affaires et en contrler l'application.

52.    Pour chaque catgorie d'affaires, pourrait tre labore une norme en matire de dlai, qui puisse servir de point de repre aux acteurs, en particulier les juges et les personnels des tribunaux. Cette norme ne devrait pas tre pose sur la base des dlais moyens existants, mais en fonction d'une rflexion sur les dlais incompressibles et sur les temps morts liminer. De telles normes pourraient ensuite tre intgres dans les programmes d'amlioration du fonctionnement des tribunaux.
53.    Un contrle du respect de l'objectif de ces dlais optimaux pourrait tre institu. L'exprience montre que cet objectif peut tre atteint facilement, par exemple grce des procdures internes de suivi.
54.    Les capacits d'information et d'analyse sur les dlais effectivement tenus par les tribunaux pourraient tre dveloppes, afin de rendre possible une alerte et la prise de mesures ds qu'un problme se pose, l'exemple de ce qui a dj t ralis dans certains Etats membres.
55.    Les juridictions devraient porter un soin tout particulier aux affaires plus anciennes, en laborant des dispositifs de suivi de ces affaires, par exemple un rapport annuel sur les affaires pendantes depuis plus d'un certain temps, transmis aux responsables hirarchiques, et inclus dans le rapport annuel d'activit.
56.    De mme, les tribunaux devraient veiller ce qu'un dlai limit s'coule entre le prononc oral de la dcision et la transmission de la dcision crite aux parties.

Ligne d'action 5 : amliorer le dispositif statistique et dvelopper les stratgies d'information et de communication

57.    Il est indispensable que les Etats disposent d'un systme statistique adquat, dans lequel les affaires individuelles sont enregistres (et notamment la date de dbut de la procdure).
58.    Il est galement essentiel que le suivi statistique par chaque tribunal de ses propres affaires soit effectu sur la base d'un dispositif national pilot par un Service statistique central. Des diffrences entre les tribunaux en matire de dispositif statistique ont en effet pour consquence d'interdire une utilisation efficace des donnes collectes, notamment en matire de rduction des dlais.
59.    Pourrait tre labor et diffus largement un Guide des meilleures pratiques en Europe dans le domaine de l'amlioration des dlais de procdures. La diffusion de ce guide pourrait tre accompagne par les rponses fournies par les Etats membres la Grille pilote d'valuation des systmes judiciaires, le cas chant en distinguant les matires civile et pnale.
60.    La participation de la socit civile (institutions comptentes, organisations non gouvernementales, citoyens eux-mmes…) au dbat sur l'amlioration du fonctionnement des systmes judiciaires pourrait tre encourage, l'chelon national comme l'chelon international.
61.    Des activits de recherche et de connaissance sur les diffrents aspects de la question du respect d'un dlai raisonnable pourraient tre dveloppes, en lien avec les institutions comptentes (notamment les centres de recherche universitaires), et, le cas chant, avec les Etats non membres intresss. Pourraient notamment tre envisags la tenue de confrences internationales, la mise en place d'un rseau reliant les centres de recherche et les universits, le dveloppement de publications. La CEPEJ pourrait jouer un rle actif dans ce domaine. Les tudes ralises au sein du Conseil de l'Europe partir des dossiers traits par la CEDH pourraient galement faire l'objet d'une analyse, sous rserve d'un respect des rgles de confidentialit qui s'y attachent.
62.    La coopration entre le Conseil de l'Europe et l'Union europenne pourrait tre renforce, notamment en ce qui concerne les outils de connaissance et de mesure.

Ligne d'action 6 : identifier des tribunaux-rfrents en matire de rduction des dlais

63.    Une initiative pourrait tre prise pour valoriser les projets innovants en matire de rduction et d'amnagement des dlais engags par les tribunaux des Etats membres. Chaque Etat membre pourrait dsigner des tribunaux " rfrents ", relis au reprsentant de l'Etat au sein de la CEPEJ. Le rseau de ces tribunaux rfrents pourrait tre runi et/ou interrog rgulirement par le Conseil de l'Europe pour prsenter les expriences russies et analyser les checs.
    b. Mesures portant plus spcialement sur les procdures

Ligne d'action 7 : Permettre l'amnagement des dlais

64.    Il faut envisager galement la question des dlais sous un autre angle, en partant de l'ide que, quels que soient les rsultats d'une politique de rduction des dlais, ces rsultats n'interviendront qu'au bout d'un certain temps, et qu'ils ne supprimeront pas l'existence de dlais incompressibles.
65.    Il s'agit galement de rflchir aux diffrentes possibilits de mettre profit ces dlais pour contribuer une meilleure solution des conflits, par exemple en les utilisant pour tenter des solutions alternatives.
66.    La notion d'obligation d'information des personnes sur le dlai prvisible de l'affaire qui les concerne pourrait tre introduite.
67.    On pourrait galement envisager que se dveloppe une procdure liant le tribunal et les parties concernes sur la mise au point d'un dlai dfini en commun, et sur lequel les uns et les autres s'engageraient, travers diverses modalits. Le justiciable devrait avoir la possibilit de bnficier d'une reprsentation approprie lors de la ngociation de ce dlai. Une telle procdure responsabiliserait tous les acteurs du procs.
68.    Une palette de solutions pourrait tre offerte (allant de procdures sophistiques vers des procdures simplifies, y compris le cas chant mesures alternatives de rsolution des conflits) permettant aux parties de ngocier une diminution des dlais de procdure, en contrepartie d'une rduction des garanties procdurales, aussi bien en matire pnale qu'en matire civile, et dans les limites autorises par la jurisprudence de la Cour de Strasbourg . En la matire, il convient de veiller ce que les personnes concernes puissent exercer leur choix de manire claire. Une telle offre devrait s'intgrer dans le projet de juridiction pour amliorer sa qualit (projets-qualit des juridictions).

Ligne d'action 8 : agir sur la quantit de dossiers traiter par les tribunaux en veillant un usage appropri des voies de recours

69.    Sans prjudice du droit un recours effectif, les possibilits de recours pourraient tre limites. La Cour europenne des Droits de l'Homme a confirm que, sous rserve de certaines garanties, une telle limitation n'tait pas contraire la Convention .
70.    Des mcanismes de filtrage pourraient tre introduits, en ce qui concerne la Cour suprme. L encore, de tels mcanismes doivent tre assortis de garanties suffisantes.
71.    Pourrait galement tre tudie la possibilit d'infliger des sanctions aux personnes introduisant des procdures manifestement abusives.

Ligne d'action 9 : agir sur la qualit des procdures

72.    La qualit a t dfinie ci-dessus comme la conjonction de deux lments: le respect des procdures, et la qualit intrinsque des dcisions prises par le juge. Dans la mesure o il n'est pas question d'voquer ici ce qui relve de la conscience du juge, c'est sur les procdures que portent les propositions ci-dessous.
73.    Comme c'est dj le cas dans plusieurs Etats membres, la fonction de " juge de la mise en tat ", charg de prparer les dossiers pour l'audience, pourrait tre cre (ou renforce) en matire civile.
74.    Un ajournement sine die d'une procdure devrait tre interdit (sauf accord des parties). Il ne s'agit pas en l'occurrence d'imposer la date d'une nouvelle audience, mais de dfinir le dlai de l'tape suivante de la procdure, quelle qu'elle soit.
75.    Des consquences procdurales devraient tre prvues, pouvant aller jusqu' la radiation de l'affaire, en matire civile, en cas d'absence ou de retard non justifi.
76.    Une attention devrait tre accorde en priorit la qualit des dcisions de premire instance. De ce point de vue, ces dcisions devraient tre systmatiquement motives (mme si la motivation peut tre allge en fonction de la nature de l'affaire - cf ci-dessus).
77.    La notification des documents devrait tre organise de faon efficace et fiable en dcourageant les abus et les tentatives pour ralentir les procdures. Les dcisions judiciaires devraient tre notifies rapidement aux parties, surtout celles qui sont rendues par les juridictions suprieures.

Ligne d'action 10 : fixer des priorits dans le traitement des affaires

78.    La rgle de base consiste enregistrer les affaires et les appeler dans l'ordre dans lequel elles sont arrives. Cette rgle prsente l'avantage essentiel d'offrir une garantie d'impartialit. Les seules affaires qui font l'objet d'un traitement " de faveur " (en tant appeles avant les autres et traites de manire acclre) sont celles qui se sont vu attribuer un caractre d'urgence. Cette situation prsente cependant un inconvnient : parmi toutes les affaires qui " arrivent ", certaines, plus simples, pourraient tre rapidement traites. D'autres pourraient donner lieu des procdures alternatives engageables immdiatement. D'autres encore seraient retires du rle si les personnes qui ont saisi la justice apprenaient le dlai qu'elles devront attendre avant de voir leur affaire traite. Sans remettre en cause ni la ncessit d'une rpartition des affaires garantissant l'impartialit des juges, ni le principe de lgalit, on pourrait envisager de dfinir, sur la base d'un premier examen des catgories d'affaires en instance, des priorits de traitement, en s'appuyant sur une mthode de concertation et sur des bases objectives (il n'est videmment pas question d'envisager de fixer des priorits selon les affaires elles-mmes).
79.    En ce domaine, il convient, en matire pnale, de ne pas ngliger la responsabilit des instances charges de fixer les priorits de politique pnale, et, en matire civile, de ne pas porter atteinte l'impartialit des tribunaux. Cependant, des mesures assurant un respect des dlais optimaux, par exemple pour les affaires dans lesquelles " le temps compte ", permettraient de renforcer l'efficacit des tribunaux.

Ligne d'action 11 : mieux organiser l'audience pour rduire les dlais d'attente, en accordant une attention particulire aux victimes et aux tmoins

80.    Il importe d'inciter les juridictions tout faire pour rduire voire supprimer les dlais inutiles. Dans cette perspective, toute mesure permettant de concentrer les tapes de la procdure devrait tre encourage.
81.    Dans de nombreux Etats membres, les usagers sont convoqus au tribunal sans que leur soit indique l'heure laquelle passera leur affaire. Cette situation est perue par les usagers comme une marque de mpris leur gard. Les tribunaux devraient organiser les audiences de manire rduire l'incertitude sur l'heure laquelle les personnes convoques seront effectivement appeles la barre. Les mesures prises en ce sens devraient prendre en compte en priorit les problmes des victimes et des tmoins.
82.    En termes d'organisation des audiences, les catgories de personnes les plus vulnrables devraient faire l'objet d'une attention particulire. C'est en particulier le cas des victimes d'infractions violentes .
83.    En ce qui concerne l'excution des dcisions, des mesures permettant d'amliorer la situation, notamment des victimes, pourraient tre prises.

Ligne d'action 12 : instaurer une procdure permettant de remettre en mouvement une procdure en souffrance

84.    Une procdure pourrait tre instaure, qui permettrait une partie, titre d'urgence, de dposer un recours dans le cas o elle estimerait que la juridiction concerne traite son affaire de manire trop lente, de sorte que des mesures appropries puissent, le cas chant, tre prises.

Ligne d'action 13 : assouplir les rgles de comptence territoriale entre les juridictions de premire instance.

85.    L'application stricte des rgles de comptence territoriale peut avoir pour consquence une rpartition ingale de la charge de travail entre les juridictions. Aussi, un assouplissement de ces rgles pourrait tre envisag, sous rserve de l'accord des parties.
86.    Les personnes qui s'adressent un tribunal n'ont pas forcment connaissance des rgles de comptence territoriale ni des rgles d'attribution, ce qui peut les amener s'adresser une juridiction incomptente pour l'affaire concerne. De telles erreurs ont pour effet de retarder d'autant la saisine du tribunal comptent. Pour viter ces dlais inutiles, les tribunaux pourraient se voir imposer d'accueillir toutes les requtes, charge pour eux de transmettre les dossiers sans dlai au tribunal comptent, et d'informer les personnes de cette transmission.
c. Mesures concernant plus spcialement les diffrentes catgories d'acteurs

Ligne d'action 14 : associer les catgories intresses l'administration des juridictions

87.    Il convient sur ce point de souligner que la justice est l'affaire de tous : non seulement celle des juges et des procureurs, mais aussi celle de toutes les professions qui concourent l'laboration et la mise en œuvre des dcisions de justice (en particulier les avocats, mais aussi les greffiers, les huissiers, et, dans un certain nombre de pays, les notaires, etc), et enfin des usagers eux-mmes.
88.    Toutes ces catgories devraient tre associes, de manire approprie, l'administration des juridictions (activits non-juridictionnelles). Une telle association implique notamment la mise disposition rgulire d'informations sur le fonctionnement de la juridiction et l'instauration de lieux d'changes et de concertation avec les prsidents des tribunaux.
89.    Les enqutes portant sur la satisfaction des usagers pourraient tre dveloppes au niveau des juridictions.

Ligne d'action 15 : dvelopper la formation des juges, des procureurs, et de manire gnrale de l'ensemble des professions concernes

90.    Une meilleure formation a un impact positif direct sur l'amlioration de l'efficacit, mais aussi sur la motivation des acteurs. Son caractre interdisciplinaire devrait tre renforc.
91.    Introduire ou dvelopper, dans le programme de formation initiale et continue des juges, des procureurs, et des autres catgories professionnelles concernes, un module spcifique concernant les dlais de procdure.

Ligne d'action 16 : organiser les relations avec les avocats.

92.    Une attention particulire doit tre porte au rle des avocats au sein du systme judiciaire, notamment en ce qui concerne l'application des mesures proposes dans ce Programme-Cadre. A titre d'exemple, dans certains Etats membres, des tribunaux ont mis en place des " contrats d'objectifs ", entre le tribunal et le Barreau concern, portant sur les dlais de dpts de conclusions.

Ligne d'action 17 : organiser un meilleur contrle du respect des dlais des experts judiciaires.

93.    Deux mesures pourraient tre prises pour organiser un meilleur contrle des dlais d'expertise :
i. dvelopper au sein des juridictions un mcanisme de suivi des expertises
ii. assurer la publicit des dlais de remise des expertises

Ligne d'action 18 : dfinir les moyens d'une association plus efficace des huissiers, des greffiers/Rechtspfleger, des notaires, et de toutes les autres professions qui contribuent la justice.

94.    Les huissiers, les greffiers/Rechtspfleger, les notaires jouent un rle essentiel dans le fonctionnement de la justice. Une attention particulire doit tre porte leur rle dans la mise en œuvre de ce Programme-Cadre.
95.    En outre, de nombreuses professions contribuent au bon fonctionnement de la justice, qui ne sont pas proprement parler des " professions juridiques ou judiciaires ". C'est par exemple le cas des travailleurs sociaux ou des psychothrapeutes. Une meilleure association de ces professions au fonctionnement de la justice, en tant que de besoin, permettrait de contribuer la rduction des dlais.

Rcapitulatif des propositions

1.    Lignes d'action recommandes aux Etats membres, qui pourraient tre soutenues par la CEPEJ
A l'chelon national
    Agir sur les ressources.
Tous les acteurs du systme judiciaire doivent recevoir une rmunration suffisante en contrepartie de leur contribution.
Favoriser des " projets de juridictions ", autour d'objectifs en matire de traitement des affaires.
Accrotre les comptences des quipes assurant la direction des tribunaux, notamment en matire de gestion des ressources budgtaires.
Assurer aux personnes charges de la gestion administrative des tribunaux une formation adquate, et dfinir clairement les responsabilits respectives des diffrentes catgories concernes.
Amliorer la gestion des flux et des stocks de dossiers.
Moderniser les moyens (en utilisant en particulier les technologies de l'information).
    agir sur la qualit de la lgislation
Pour chaque loi, tudier l'impact sur les dlais et l'activit des tribunaux.
    renforcer la prvisibilit des dlais
Assurer la publication des donnes relatives aux dures de procdures par type d'affaires.
    dfinir des normes de dlai optimal par type d'affaires et en contrler l'application.
Elaborer des normes en matire de dlai, intgrer dans les programmes d'amlioration du fonctionnement des tribunaux.
Organiser le contrle du respect de ce dlai optimal.
Dvelopper les capacits d'information et d'analyse sur les dlais effectivement tenus par les tribunaux.
Sensibiliser les tribunaux l'intrt de porter un soin tout particulier aux affaires plus anciennes.
Veiller ce qu'un dlai limit s'coule entre le prononc oral de la dcision et la transmission de la dcision crite aux parties.
    dvelopper les stratgies d'information et de communication
Mettre en place un systme statistique adquat, dans lequel les affaires individuelles sont enregistres, sur la base d'un dispositif national pilot par un Service statistique central.
Encourager la participation de la socit civile au dbat sur l'amlioration du fonctionnement des systmes judiciaires.
Dvelopper des activits de recherche et de connaissance sur le dlai raisonnable.
Concernant les procdures
    permettre l'amnagement des dlais
Dvelopper une procdure liant le tribunal et les parties concernes sur la mise au point d'un dlai dfini en commun.
Introduire la notion d'obligation d'information des personnes sur le dlai prvisible de l'affaire qui les concerne.
    agir sur la quantit des dossiers traiter par les tribunaux en veillant un usage appropri des voies de recours
Limiter les possibilits de recours.
Introduire des mcanismes de filtrage, en ce qui concerne la Cour suprme.
Etudier la possibilit d'infliger des sanctions aux personnes introduisant des procdures manifestement abusives.
    agir sur la qualit des procdures
Crer ou renforcer la fonction de " juge de la mise en tat " en matire civile.
Interdire l'ajournement sine die d'une procdure.
Prvoir des consquences procdurales, en cas d'absence ou de retard non justifi.
Accorder une attention prioritaire la qualit des dcisions de premire instance.
    fixer des priorits dans le traitement des affaires
Dfinir, sur la base d'un premier examen des catgories d'affaires en instance, des priorits de traitement.
    mieux organiser l'audience pour rduire les dlais d'attente et accorder une attention particulire aux victimes et aux tmoins
Organiser les audiences de manire rduire l'incertitude sur l'heure laquelle les personnes convoques seront effectivement appeles la barre.
    instaurer une procdure permettant de remettre en mouvement une procdure en souffrance devant une juridiction
Instaurer une procdure, permettant une partie, titre d'urgence, de dposer un recours dans le cas o elle estimerait que la juridiction concerne traite son affaire de manire abusivement lente, de sorte que des mesures appropries puissent, le cas chant, tre prises.
    assouplir les rgles de comptence territoriale entre les juridictions de premire instance.
Prvoir que les tribunaux accueillent toutes les requtes, charge pour eux de transmettre les dossiers sans dlai au tribunal comptent, et d'informer les personnes de cette transmission.
Concernant les partenaires du systme judiciaire
    associer les catgories intresses l'administration des juridictions
Mettre disposition rgulirement des informations sur le fonctionnement de la juridiction et instaurer des lieux d'changes et de concertation avec les prsidents des tribunaux.
Dvelopper les enqutes portant sur la satisfaction des usagers au niveau des juridictions.
    dvelopper la formation des juges, des procureurs, et de l'ensemble des professions concernes
Renforcer la nature interdisciplinaire de la formation.
Introduire dans les programmes de formation un module spcifique concernant les dlais de procdure.
    organiser les relations avec les avocats.
Accorder une attention particulire au rle des avocats dans l'application des mesures proposes dans ce Programme-Cadre.
    organiser un meilleur contrle du respect des dlais des experts judiciaires.
Dvelopper un mcanisme de suivi des expertises
Assurer la publicit des dlais de remise des expertises
    dfinir les moyens d'une meilleure association des huissiers, des greffiers, des notaires, et de toutes les professions concernes l'amlioration du fonctionnement de la justice.
2. Actions pouvant tre directement mises en œuvre par la CEPEJ
    Dvelopper une analyse des causes mais surtout des remdes des retards, en s'appuyant sur la jurisprudence relative l'article 6.1 CEDH " dlai raisonnable ", sur les contributions des Etats membres et sur les tudes pertinentes du Conseil de l'Europe.
    Identifier des tribunaux-rfrents en matire de rduction des dlais et runir rgulirement le rseau.
    Elaborer et diffuser largement un Guide des meilleures pratiques en Europe dans le domaine de l'amlioration des dlais de procdures.
    Organiser des confrences internationales, mettre en place un rseau de recherche, et dvelopper des publications sur le thme des dlais.
    Dvelopper la coopration entre le Conseil de l'Europe et l'Union europenne, notamment en ce qui concerne les outils de connaissance et de mesure.

***
La CEPEJ :
1.    adopte le prsent Programme-Cadre
2.    charge son Groupe de travail d'laborer des propositions en vue de la mise en œuvre de ce Programme-Cadre, tenant compte des observations des Etats membres et des rponses apportes la Grille-Pilote pour l'valuation des systmes judiciaires.
3.    convient de communiquer le prsent Programme-Cadre au Comit des Ministres du Conseil de l'Europe

Annexe
Instruments pertinents adopts par le Conseil de l'Europe
Rsolution (76) 5 concernant l'assistance judiciaire en matire civile, commerciale et administrative
Rsolution (78) 8 sur l'assistance judiciaire et la consultation juridique
Recommandation n R (81) 7 sur les moyens de faciliter l'accs la justice
Recommandation n R (84) 5 sur les principes de procdure civile propres amliorer le fonctionnement de la justice
Recommandation n R (86) 12 relative certaines mesures visant prvenir et rduire la surcharge de travail des tribunaux
Recommandation n R (87) 18 concernant la simplification de la justice pnale
Recommandation n R (93) 1 relative l'accs effectif au droit et la justice des personnes en situation de grande pauvret
Recommandation n R (94) 12 relative l'indpendance, l'efficacit et le rle des juges
Recommandation n R (95) 5 sur l'instauration de systmes et procdures de recours en matire civile et commerciale et sur l'amlioration de leur fonctionnement
Recommandation n R (95) 12 sur la gestion de la justice pnale
Recommandation n R (98)1 sur la mdiation familiale
Recommandation nR (99) 19 sur la mdiation en matire pnale
Recommandation n R (2000)19 sur le rle du ministre public dans le systme de justice pnale
Recommandation n R (2000)21 sur la libert d'exercice de la profession d'avocat
Recommandation n R (2001)2 concernant la conception et la reconception rentables des systmes judiciaires et des systmes d'information juridique
Recommandation n R (2001)3 sur les services des tribunaux et d'autres institutions juridiques fournis aux citoyens par de nouvelles technologies
Recommandation n R (2001)9 sur les modes alternatifs de rglement des litiges entre les autorits administratives et les personnes prives
Recommandation n R (2002)10 sur la mdiation en matire civile
Recommandation n R(2003)14 sur l'interoprabilit des systmes d'information dans le secteur de la justice
Recommandation n R(2003)16 sur l'excution des dcisions administratives et juridictionnelles dans le domaine du droit administratif
Recommandation n R(2003)17 en matire d'excution des dcisions de justice

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